AGANON Épisode 11/44 – Garo : là où tout se rejoint

Fin de tournée. C’est le Garo qui nous accueille. Un canton vaste. Dense. Habité. Mélangé. Vivant…. Béhiri. Blé. Obié. Sakota. Awanou….

Ici, les peuples didas cohabitent avec leurs frères venus du centre, de l’ouest, du nord et d’autres pays de l’Afrique de l’Ouest.

Ici, le vivre-ensemble n’est pas un slogan. C’est un exercice quotidien. Parfois fragile. Souvent éprouvé. Toujours nécessaire.

Nous arrivons au terme de cette tournée, à quelques jours de l’ouverture de la campagne présidentielle de 2025. L’air est lourd. La tension est palpable. Les regards interrogent. Les silences parlent. Les mots sont pesés.

Dans les cours familiales, sous les arbres, sur les places publiques, les mêmes préoccupations reviennent. Celles que nous avons entendues à Abohiri, Gbéhiri, Zédié, Diès, Djiboua, Ménéhiri…

L’accès à l’eau. Les routes pour évacuer les productions. L’école pour donner une chance aux enfants. L’emploi pour retenir les jeunes. La dignité pour les femmes. La présence des politiques. Le retour des enfants sur leurs terres. La considération pour les populations.

Sept cantons. Des dizaines de villages. Des centaines de visages. Et une même vérité : nos territoires ne demandent pas des promesses. Ils demandent un lien. Durable. Tangible. À fort impact sur la vie des populations.

Dans le Garo, cette vérité prend une autre dimension. Parce qu’ici, à la question du développement s’ajoute celle de la cohésion. Les populations nous le disent avec gravité : sans confiance, il n’y a pas d’avenir commun. Et sans avenir commun, aucune victoire politique n’a de sens.

Ce qui, au départ, devait être une simple tournée de (re)connaissance s’est transformé en autre chose : un diagnostic, un audit social, un audit politique, un face-à-face avec nos propres responsabilités.

Plusieurs semaines de tournée nous ont permis d’identifier les urgences.

D’abord une urgence culturelle : réactiver, sinon renforcer, le lien entre les générations.

Celles d’hier, encore au fait des rites, des us et coutumes, de la langue et des traditions ; celles d’aujourd’hui, parfois déconnectées, déracinées, plus enclines à s’enraciner ailleurs qu’au « village » ; et celles de demain, qui risquent d’être dépaysées, déboussolées.

Il y a urgence à reconnecter les unes aux autres.

Les défis et les combats qui (nous) attendent exigent une unité absolue et une reconnexion permanente.

Ensuite, urgence sociologique : réparer les fractures silencieuses.

Divo a souvent été le théâtre de conflits, sourds la plupart du temps, visibles parfois, avec des conséquences dramatiques.

Le climat politique a raidi la corde et tendu les cœurs. Il y a besoin de se parler. De se respecter. Que chacun, de sa place, travaille à ne fractionner aucune communauté.

Aussi, urgence infrastructurelle : relier les villages au reste du pays. Presque tout bâtir. Des routes, des ponts, des réseaux téléphoniques (à bien des endroits).

Des écoles à réhabiliter, d’autres à reconstruire, ainsi que des logements pour les enseignants.

Des logements aussi pour le personnel de santé là où il est présent.

Parfois, des centres de santé détériorés attendent des ressources humaines : des infirmiers, des sages-femmes, obligeant des (futures) mamans à parcourir des dizaines de kilomètres en tricycle, à moto ou à pied sur des pistes pour une consultation (pré ou post natale) ou un accouchement. Le danger est partout.

Ne pas oublier l’urgence économique : créer des opportunités ici pour que les jeunes n’aient plus à partir. Freiner l’exode, le désossement démographique, la fuite de nos cerveaux, l’abandon de nos villages.

Il faut les rendre plus attractifs, plus prospères, plus forts économiquement.

Divo est riche de son sol, de son sous-sol, de ses eaux et de ses hommes. Il lui manque un plan.

Enfin, urgence politique. Redonner du sens à la parole publique. Se départir des promesses en l’air qui ne retombent jamais et restent à l’état de mots. Sans actes concrets.

Que les pratiques malsaines laissent place à une véritable compétition électorale. Que la démocratie reprenne sa place dans son sens le plus noble. Que le rôle des autorités traditionnelles soit le plus neutre et le plus apaisant possible, au service de la tradition et des peuples. Rien de plus.

Lors de cette tournée, au milieu des difficultés, une chose ne nous a jamais quittés : la capacité des populations à espérer encore. À croire que le réveil viendra. À avoir foi en un avenir plus prometteur, plus bénéfique.

C’est pour cela qu’AGANON n’est plus seulement une marche, c’est une démarche.

Bien plus qu’une idée, c’est devenu le gage de notre engagement.

Et alors que s’achève cette étape dans le Garo, quelque chose reste gravé en nous :

les gestes, les symboles, les rites d’accueil… ces moments où le territoire ne parle plus seulement avec des mots, mais avec son âme.

C’est cette mémoire-là que nous porterons dans le prochain épisode. À suivre…


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