AGANON. Épisode 1/44 : Héritage !

Au commencement, un homme de vision, de valeurs et d’engagement : mon père, feu Eben Ezer Guébo DJA.

Cela remonte aux années 2009–2010. Alors engagé avec le Front populaire ivoirien, il fait campagne dans le Lôh-Djiboua avec : « Tout Divo pour Gbagbo ». Mais aussi avec une philosophie d’éveil et de réveil d’une région bien souvent abandonnée. Il lance AGANON. Réveillons-nous, en français.

Pourtant, je découvre ma région bien plus tard.

2019. Mon frère et ami Synzi Dadié m’invite chez lui, dans son village, à Guiléhiri. Regarder un match. Communier avec mes frères dida. Mais surtout parler de projets et d’avenir pour notre région.

Un an plus tard, en 2020, en novembre, plus précisément, mes pieds foulent pour la première fois Lagazé. Mon village. Je viens enterrer mon père. Un village sans eau courante et sans électricité à l’époque. Une belle cité, avec comme voie d’accès une piste, et un réseau de téléphonie totalement absent. Je suis trop plongé dans le deuil pour mesurer l’ampleur du retard de la région.

Dans la foulée, quelques semaines après, me revoilà à Divo. Invité par la section-Lôh-Djiboua du Sénat des jeunes Côte d’Ivoire. Objectif : former et sensibiliser 200 jeunes sur les dangers des fake news. À cette période, la ville connaît de nombreux affrontements entre communautés, à l’occasion de l’élection présidentielle de 2020. Des morts. Des blessés. Des dégâts matériels. Des rixes qui trouvent leur origine, dans la plupart des cas, dans la diffusion de fausses informations.

2021. Rebelote. Me revoilà au village. J’y suis pour enterrer ma grand-mère, six mois après le départ de son fils. Le village n’a pas beaucoup changé.

2024. Encore un autre deuil. Le patriarche Yoroba Guébo Félix s’en est allé. Nous sommes à Lagazé pour le porter en terre. À ce moment, j’observe. J’écoute. Il y a comme un appel. Une voix. Il est temps de revenir sur ses terres. Première décision : découvrir ma culture. Ma région. Mes parents. Je m’appuie sur une organisation locale : le Mouvement politique pour l’Union des leaders politiques et d’opinion des jeunes d’Abohiri (MPULPOJA), dirigé par Étienne Diégo. Une figure connue sur place.

Abohiri, c’est le nom du canton auquel mon village appartient. 18 villages en tout. Chef-lieu : Nébo, la sous-préfecture.

Le MPULPOJA embrasse des jeunes femmes et des jeunes hommes au-delà de leurs chapelles politiques, ethniques et religieuses. J’aime beaucoup l’idée. Si nous voulons aller de l’avant, c’est dans l’unité.

Unis donc, une première mission parcourt l’ensemble des 7 cantons. Puis une deuxième, à laquelle je prends part.

Dans chacun des 74 villages, le nom d’Eben-Ezer Guébo Dja revient et résonne. Il a tracé le chemin. Il a semé. L’ancien préfet a posé les fondations.

Dans l’air, il y a comme un goût d’inachevé. Une aire à défricher. Un chemin à tracer. Un message à transmettre : AGANON !

Dès cet instant, germe l’idée de ne pas seulement connaître ses terres et sa culture. Il faut aller plus loin. À suivre…